La vie quotidienne en Nouvelle-France

Les soldats

Le logement chez l'habitant

Si les gens du pays peuvent se sentir dérangés par les réveils tambour battant, que penser du fait qu'ils doivent aussi loger les soldats chez eux ! Pourtant, cette obligation est vue d'un autre oeil qu'en France, où le logement des militaires est considéré tout simplement comme un « fléau ». Au Canada, nombreux sont ceux qui les acceptent sans réticence, car la plupart des bénéficiaires de cette hospitalité imposée savent se rendre utiles dans ce pays où il est difficile « d'avoir du monde pour se faire servir » 85. C'est l'arrivée des troupes de la Marine, durant les années 1680, qui nécessite le recours à ce système. Vers 1685, on spécifie que l'habitant doit fournir au soldat un lit, une paillasse, le couvert, la marmite et une place devant le feu du foyer.

Le logement est rudimentaire et la plupart des soldats dorment sur la paille, mais, si l'on en croit un rapport de 1695, même les « principaux habitants de Montréal ont seulement leurs lits, et très peu se servent de draps » 86. Non seulement le soldat couche à la maison, mais il y mange, apportant toutefois sa ration comme contribution au repas. La présence d'un jeune homme en uniforme au foyer peut finalement créer des liens de cœur avec l'une des filles de l'habitant, ce qui ne semble pas mal vu de ce dernier. Cette situation favorisa l'établissement de nombreux militaires dans la colonie.

Cependant, tous ne sont pas enthousiastes face à l'obligation de loger des gens de guerre et certains en sont exemptés en retour de services publics. Tel est en 1714 le cas de la famille Biron, à Montréal, qui en est déchargée à condition de donner des soins aux malades, tandis que Louis Trudeau, en 1739, en retour des services qu'il rend dans la lutte contre les incendies, reçoit la même dispense. Les religieux, les officiers de milice, les gentilshommes, les notaires, les juges et autres fonctionnaires royaux n'ont pas à loger de soldats.