La vie quotidienne en Nouvelle-France

Les soldats

La nourriture

La nourriture de base des soldats n'a rien de gastronomique. C'est une alimentation lourde, fort monotone, dont la qualité est quelquefois discutable, mais qui reste dans l'ensemble convenable. Comme elle leur est fournie selon une déduction fixe sur leur solde, quel que soit son coût réel, ils se trouvent protégés de l'inflation des prix dans ce domaine.

À partir de la fin du XVIIe siècle, la ration quotidienne de base, en Nouvelle-France, est la suivante : une livre et demie (735 g) de pain, un quart de livre (122 g) de lard salé ou une demi-livre de boeuf salé (244 g), un quart de livre (122 g) de pois secs. La viande est remplacée par du poisson les jours maigres prescrits par l'Église.

Ce régime comporte quelques variations selon les colonies et change quelque peu au fil des ans. Ainsi, à l'île Royale, on ajoute à la ration de base 16 g de beurre par jour et de la mélasse pour que les soldats puissent se faire de la bière. Au Canada, on retranche les pois vers les années 1730, mais on les réintroduit vers 1750 en raison du casernement d'une partie des troupes, et on ajoute alors à la ration quotidienne 16 g de beurre. Fait à noter, le pain est fabriqué avec du blé canadien. Les soldats le réclament, car il est plus savoureux. On exporte même de la farine pour le pain des troupes de l'île Royale et de la Martinique au cours des années 1730.

En campagne, la ration habituelle de lard salé et de pois demeure la même, mais les militaires reçoivent 612 g de biscuits au lieu de pain, et, au Canada, on leur ajoute « un peu d'eau-de-vie et de tabac » 90. Vers 1750, toutefois, on considère que cette nourriture n'est pas suffisante, vu l'effort à fournir, et on porte la ration de pain à 972 g. Celle de viande passe à 244 g pour le lard salé ou à 489 g pour le bœuf salé, et on conserve la même quantité de pois. L'eau-de-vie et le tabac sont maintenus.