La vie quotidienne en Nouvelle-France

Les officiers

Une grande famille

En Nouvelle-France, les militaires gradés et, jusqu'à un certain point, la bourgeoisie commerçante forment une seule grande famille. Dès le XVIIe siècle, et à mesure que l'on progresse dans le XVIIIe siècle, les alliances se font, en effet, entre les diverses familles de l'élite militaire et commerçante. Celles qui conjuguent ces deux activités professionnelles ne sont d'ailleurs pas rares. Qu'on songe aux Le Moyne, aux Le Ber !

En France, de telles alliances sont réprouvées, car la noblesse ne doit pas « s'abaisser » en s'unissant à des gens qui s'adonnent au commerce. Le noble tire son revenu des rentes de ses terres ou de ses appointements en tant qu'officier du roi ; commercer appartient aux gens du commun. En Nouvelle-France, l'application d'un tel principe rendrait impossible tant la survie de la colonie que celle des officiers. En 1685, le roi se rend à l'évidence et permet aux officiers de faire du commerce sans craindre de voir diminuer leur statut.

D'une façon générale, on constate cependant que, sans écarter complètement les alliances avec les familles des bourgeois-marchands, celles des officiers canadiens préfèrent s'unir entre elles. Le tiers des officiers canadiens épousent des filles d'officiers, et le sixième, environ, des jeunes filles de la bourgeoisie. L'autre moitié s'unit à des familles de gentilshommes, ou à des familles roturières. Les officiers doivent, comme les simples soldats, demander au gouverneur la permission de se marier, ce qui leur est généralement accordé.

Par le jeu de ces alliances, on voit graduellement se dessiner une prépondérance de « familles militaires » dans la colonie. Alors qu'un cinquième s'unissent entre elles au XVIIe siècle, on passe à la moitié au milieu du siècle suivant. Les familles d'officiers en viennent ainsi à former peu à peu un genre de caste militaire coloniale.

Plusieurs officiers canadiens possèdent des seigneuries, d'autres ont quelques terres, ce qui ajoute un peu à leurs revenus en plus de leur assurer un toit et une retraite, mais la faible densité de la population et les limites du réseau commercial où écouler leurs produits les empêchent de tirer un profit substantiel de leurs propriétés, comme le font les nobles en France. D'autres encore sont apparentés à des familles bourgeoises qui les soutiennent. Restent ceux qui doivent faire vivre leur famille de leurs appointements. C'est afin d'aider ces derniers qu'on les nomme commandants d'un fort dans l'Ouest.