Le tournant (1943)

Les militaires francophones et le français durant la Deuxième Guerre mondiale

Dans l'entre-deux-guerres, le gouvernement abandonne ses militaires à leur sort jusqu'en 1936. À part le maintien dans la Force permanente du Royal 22e Régiment, à peu près rien n'est fait pour faire progresser la présence des francophones et leur langue. Sans un cadre d'accueil et à la suite de l'amère conscription de 1917-1918, les francophones restent hors des forces. En 1939, leur pourcentage est à peu près le même qu'en 1914, soit environ 5 pour cent des effectifs. Dans l'armée de terre, c'est 184 francophones sur 4 169 militaires de tous grades.

Entre 1939 et 1945, en comptant les conscrits pour la défense territoriale, le pourcentage de militaires francophones est estimé à environ 20 pour cent. Du côté de l'armée de terre, au début de la guerre, on a sérieusement songé à créer une brigade francophone, ce pourquoi on avait largement les effectifs nécessaires. Finalement, on dispersera les unités francophones à travers les forces. Quant à la langue française en général, elle apparaît grâce à quelques rares traductions de brochures d'instruction et les échanges verbaux entre francophones puisqu’à peu près tout ce qui s'écrit l'est en anglais, même pour et par les francophones. L'aviation consent pour sa part à créer un escadron de bombardement francophone.

En fait, un unilingue francophone désirant servir son pays dans sa langue, et au combat, ne voit aucun choix s'offrir à lui hors de l'infanterie. D'ailleurs, nombreux sont les cas de volontaires pour les blindés ou l'artillerie qui ont été dirigés vers l'infanterie à cause de leur anglais déficient.

Il faut constater, comme le disait déjà avant nous Jean-Yves Gravel, que sans égalité des chances, il était difficile d'exiger l'égalité des sacrifices qu'on avait réclamée aussi bien en 1914-1918 qu'en 1939-1945. Du côté de l'Armée, la plus avancée des trois quant à l'accueil des francophones, le sous-adjudant général, le major général W.H.S. Macklin, écrit, le 23 mai 1946 : « Personne ne m'a jamais expliqué comment l'Armée canadienne aurait pu absorber une proportion satisfaisante de Canadiens français si l'on avait appliqué l'enrôlement obligatoire en 1939. Il n'existait pas de cadres dûment formés pour bien asseoir ces éléments et nous n'aurions jamais pu résoudre la difficulté en plein conflit. 83 »