Le tournant (1943)

Le front intérieur et la guerre

Le règne du gouvernement

La guerre met d'énormes pouvoirs entre les mains du gouvernement fédéral qui hésitera à les lâcher par la suite. La Loi des mesures de guerre, remise en œuvre en 1939, permet de gouverner largement par décrets : durant la guerre, 6 414 décrets seront appliqués par une Fonction publique qui passe de 46 000 à 116 000 fonctionnaires. Tout ou presque est contrôlé, surtout à partir de juin 1940 : loyers, relations de travail, prix, rationnement, etc. À partir du milieu de la guerre, le gouvernement commence à déplacer son action vers la social-démocratie, avec les allocations familiales par exemple.

Du côté extérieur, le Canada évolue aussi rapidement. Le 18 août 1940, alors que tout peut sembler perdu en Europe, le Président américain invite notre Premier ministre à Ogdensburg, petite ville frontalière de l'État de New York. Il s'agit d'assurer en commun la défense de l'Amérique du Nord. À cet effet, on crée le Comité permanent conjoint sur la Défense, qui existe toujours. En avril 1941, le Comité accepte comme règle de fonctionnement la prise en commun des décisions sur la défense. Ce rapprochement politique a ses limites puisqu'en avril 1941, Churchill et Roosevelt se rencontrent au large de Terre-Neuve en l'absence de Mackenzie King.

Cela dit, presque au même moment, le Canada et les États-Unis signent la déclaration de Hyde Park, qui vise à permettre au Canada d'équilibrer ses comptes de guerre déficitaires avec les États-Unis. Chacun des deux pays fabriquera pour les deux les équipements pour lesquels il est l'expert : l'équilibre et même les surplus arrivent rapidement en faveur du Canada. Pour l'occasion, une société de la Couronne est créée qui accepte et négocie les commandes des fournitures militaires faites au Canada.