Le tournant (1943)

Le bilan de la guerre

Les effets de la guerre

La Deuxième Guerre mondiale a duré 2 076 jours et a causé environ 40 millions de morts de par le monde, la plupart des civils. Les journaux canadiens du 8 mai 1945, tout en annonçant la fin de la guerre en Europe, publient une liste des plus récentes pertes militaires canadiennes : 76 Canadiens tués et 169 blessés. Entre le ler janvier et le 8 mai 1945, dans cette guerre que tout le monde croit presque terminée, environ 8 000 Canadiens périssent.

La guerre crée ses petits drames. Ainsi, Hughes Lapointe, fils du ministre Ernest Lapointe qui mourra avant la fin de l'année, aperçoit son père pour la dernière fois lorsqu'il lui fait ses adieux, à Halifax, le 21 juillet 1941. Ce genre de drame personnel peut être multiplié des dizaines de milliers de fois. Les trois services canadiens auront beaucoup souffert, entre 1939 et 1945. La marine aura eu 2 343 pertes, dont 2 024 morts ; l'aviation 21 000 pertes, avec 13 589 tués ; et l'armée, 75 596 pertes, incluant 22 917 morts. Parmi ces morts, une infirmière et trois femmes des Services féminins de l'aviation. Il faut rappeler que 45 423 femmes ont servi dans les trois armées, sans compter les 4 518 des Services de santé. La plupart étaient dans des postes subalternes et loin du front, personne ne croyant que la place de la femme soit dans les unités de combat ou près de celles-ci.

Ces forces armées étaient parties de rien, comme on l'a vu. Par exemple, en 1939, la Milice permanente a environ 4 000 hommes et 500 officiers. En juin 1944, on est passé à 50 000 officiers et 450 000 hommes et femmes non-officiers. Cette soudaine augmentation ne peut se faire sans heurts et sans erreurs. Il y en aura dans toutes les armées et à tous les niveaux. Par exemple, lorsqu'on regarde le Plan d'entraînement aérien du Commonwealth britannique, on est frappé de voir qu'en 1939, pour économiser de l'argent, le Canada abandonne ses effectifs aériens au contrôle britannique. Quand, plus tard, il voudra utiliser à fond un autre article du même accord pour créer des escadrons canadiens, il rencontrera des réticences aussi bien parmi ses alliés anglais que parmi les équipages canadiens qui se sont habitués à l'esprit de corps ambiant. La « canadianisation » de nos forces aériennes sera dans les faits un demi-échec.